Saint-Clar
La route qui suit la rive gauche de la rivière monte à Saint-Clar pour rescendre dans la vallée en direction de Toumecoupe. Cette ville est un relais entre le Lectourois et le Pays de Gaure (Fleurance) et la Lomagne intérieure. Elle est située sur l'ancienne route de crête allant des Pyrénées à la Garonne, entre l'Auroue et l'Arrats, et dans le voisinage de la Caussade, voie romaine reliant Toulouse à Lectoure et Bordeaux.
Il semble qu'il y ait d'abord eu un oratoire de Bénédictins devenue la vénérable église Sainte-Catherine attenante au château épiscopal. Par suite d'un échange avec l'abbaye de Moissac à qui fut cédée la tour de Saint-Nicolas-de-la-Grave, cet ensemble devint la propriété de l'évêque de Lectoure dont le diocèse s'étendait jusqu'à la rive gauche de la Garonne. Le vicomte de Lomagne, co-seigneur, y construisit également sa demeure, désignée "la tour du comte" dans certains documents, si bien que ce casteinau avait la particularité d'avoir deux forteresses.
Plus tard, l'évêque et le roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine, tentèrent de créer une première bastide, tentative qui échoua - on lui donna le nom de bastide vieille - alors que la seconde, située pourtant à proximité, devint une ville prospère. Saint-Clar se compose donc d'un casteinau et d'une bastide reliés par une place triangulaire, la "Plaçote", entourée de maisons à auvents.
Le castelnau constitua donc la première agglomération, avec ses deux châteaux, celui de l'évêque démoli au XVIIIe siècle, et celui du vicomte, vétusté depuis le XVIIe siècle, dont les derniers vestiges disparurent avec la porte fortifiée détruite par mesure de sécurité après 1870. Toujours resté un peu à l'écart de la bastide, avec son caractère de ville féodale et religieuse, il en était séparé par un grand espace occupé, jadis, par le cimetière, et, depuis le milieu du siècle dernier, par la nouvelle église. Il a conservé son aspect moyen-âgeux avec ses maisons en pierre mais aussi en colombage, ses ruelles sinueuses, et son église Saint-Catherine. Celle-ci à la rudesse des premiers sanctuaires, avec ses enfeux et son clocher donjon. Paroissiale jusqu'en 1862, puis désaffectée et vendue, elle est actuellement la propriété de la commune qui a entrepris sa restauration. Au château épiscopal se substitua une résidence pour les évêques devenue le presbytère. La place que l'on vient de restaurer porte le nom de Dastros, personnage dont le buste y a été érigée en 1994. Une plaque avait déjà été apposée, en 1948, sur l'une des maisons voisines où il vécut.
Sur ce castelnau plane donc le souvenir de Jean-Guiraud Dastros (1594-1648), natif de Saint-Clar, dont il fut vicaire sa vie durant. La postérité a retenu son nom pour avoir rimé en vers gascons alors que cette langue était déjà menacée.
Il a laissé une oeuvre poétique abondante dont les pièces les plus connues parurent de son vivant: les deux plaidoyers des saisons et des éléments, le cathéchisme gascon et les noëls. Son oeuvre posthume, dont une partie n'a pas été retrouvée, concerne des pastorales, des épigrammes et des anagrammes et, probablement son chef-d'oeuvre: Le Chant du cygne. Si l'on compare cette oeuvre au vin que Dastros a tant célébré, en vieillissant elle s'est comme lui bonifiée, à la valeur poétique peut-être inégale s'étant ajouté, avec le temps, un intérêt linguistique et ethnographique certain. Elle s'est chargée d'humanité et l'utilisation de la langue d'oc n'y est pas étrangère.
La première partie, davantage buccolique, constitue un précieux témoignage de la vie rurale en Aquitaine sous l'Ancien Régime; la seconde, particulièrement ses requêtes auprès du duc d'Epemon, nous laisse des scènes sur les malheurs de l'époque ayant la valeur des gravures de Callot sur "Les Misères de la guerre", cette guerre endémique à laquelle se livraient quelques princes ambitieux sur le dos du pauvre peuple. Dastros, humble mais fier, n'hésitait pourtant pas à courber l'échiné devant les grands de la Province pour soulager ses paroissiens, une façon à lui de faire aimer l'Evangile. Deux de ses vers résument ce climat de terreur: Las gens de guérro m'espaouenton E lou pople me hen lou cô. (Les gens de guerre m'épouvantent / Et le peuple me fend le coeur.)
Saluez donc au passage cet humble vicaire de campagne qui ne fut pas simplement un rimeur, mais un homme courageux en un temps où l'Eglise menaçait plus qu'elle ne consolait et n'hésita pas d'ailleurs à le sanctionner. Dastros porte témoignage d'un monde disparu dans lequel nous plongeons nos racines .
L'église Sainte-Catherine désafectée après la construction de la nouvelle (1857-1862) dans le style néo-gothique de l'époque, la ville primitive perdait toute son importance, la Révolution ayant déjà supprimé les coseigneurs, et quels cosei- gneurs, l'évêque et le vicomte qui en dernier lieu était le Roi de France. "La monumentalité de l'église (la nouvelle) et sa situation, écrit Michel Polge, seront habilement utilisés pour cicatriser ce point de contact", entre le casteinau et la bastide, un de ces espaces résiduels caractérisant Saint-Clar et qui ne disparaîtront progressivement qu'au XIXe siècle.
Traversez l'esplanade de l'église, et une autre ville, distincte, est devant vous. C'est la bastide ou l'on retrouve toutes les caractéristiques de ce type d'agglomération. Au centre, la place avec la halle accolée à la maison commune reconstruite sur le même emplacement en 1818. Tout autour, les cornières entièrement conservées lui maintiennent son aspect médiéval. En vous promenant dans les rues qui se coupent à angle droit, vous découvrirez de belles maisons enpierre du XVIIIe siècle que possédait la bourgeoisie locale.